Santé mentale et stress : avril, ce mois où tout le monde est « stressé » !
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Le mois d’avril marque chaque année le mois de la sensibilisation au stress. Une occasion précieuse de s’arrêter un instant pour réfléchir à un mot que nous utilisons sans cesse, souvent sans y prêter vraiment attention : le stress.
Récemment, en préparant ses affaires pour l’école, ma fille de 7 ans m’a dit qu’elle était « stressée ». Je lui demande pourquoi, elle me répond, très sérieuse : « J’ai peur d’oublier quelque chose ». Cette remarque m’a interpellée : à 7 ans, on parle déjà de stress comme d’un état habituel. Cela montre bien à quel point ce mot est devenu courant, au point d’en perdre sa signification.
Cette banalisation est doublement problématique : d’un côté, elle nous empêche de reconnaître les véritables signaux envoyés par notre corps, et de l’autre, elle affaiblit notre vocabulaire émotionnel. On dit qu’on est stressé alors qu’on est parfois anxieux, frustré, débordé, en colère ou simplement excité. Le mot stress finit par tout englober… et ne plus rien dire. Combien de fois entend-on « pas de stress » en réponse à un service qu’on accepte de rendre ? Par exemple : « Tu peux m’envoyer ce fichier ? » — « Bien sûr » — « Pas de stress ». Cette expression est devenue une formule passe-partout, presque automatique, qui remplace même parfois un simple « merci ». Et à force de l’entendre, on finit presque par se demander si on ne devrait pas être stressé, justement…
Le stress, ça coûte cher (et pas que sur le plan émotionnel)
Le stress chronique, c’est sérieux. En Suisse, 33 % des travailleurs ont déjà souffert d’un burnout au cours de leur vie professionnelle. Et surtout, le stress au travail coûte 19,6 milliards de dollars par an à l’économie suisse. Des chiffres issus du Mind Health Report – Switzerland 2024 (étude AXA), qui donnent à réfléchir.
Et le travail dans tout ça ?
Le travail peut être un facteur d’épanouissement : il donne du sens, forge une identité, renforce l’estime de soi. Mais il peut aussi devenir un terrain propice à l’épuisement. Le fameux burnout guette lorsque la pression devient constante, les attentes floues, ou l’environnement pesant. Et soudain, le travail que l’on aimait devient une source de fatigue mentale, émotionnelle, et physique.
Le stress, c’est quoi concrètement ?
Quelques signaux à ne pas négliger :
- Nervosité, irritabilité, anxiété persistante.
- Difficultés à se concentrer, oublis fréquents.
- Troubles du sommeil, douleurs physiques récurrentes.
- Modification des habitudes alimentaires ou consommation accrue de substances pour « tenir ».
Bref, si vous cochez plusieurs cases, il est temps de se poser des questions.
Apprendre à vivre avec le stress (au lieu de lutter contre lui)
Soyons réalistes : éliminer totalement le stress de nos vies, c’est aussi crédible que vouloir vivre une journée entière sans notifications. Il fait partie de notre quotidien, et parfois même, il nous stimule. L’enjeu n’est donc pas de l’éliminer, mais d’apprendre à le reconnaître, à le comprendre et à le gérer avec plus de discernement. Cela passe par des stratégies simples et accessibles :
- Faire des pauses régulières pour respirer, marcher, déconnecter.
- Hiérarchiser ses priorités et oser dire « non » quand c’est nécessaire.
- Découper les gros problèmes en petites tâches gérables.
- Accepter de demander de l’aide (personne ne vous jugera, promis).
- Se féliciter pour les petits pas accomplis chaque jour.
La santé mentale, une responsabilité collective
Lorsqu’un membre de l’équipe ne va pas bien, tout le collectif en ressent les effets : surcharge, tensions, perte de repères. La santé mentale ne relève donc pas uniquement de la sphère individuelle. Elle concerne aussi notre manière de travailler ensemble, d’écouter, de coopérer.
Alors, ce mois d’avril, on arrête deux minutes de dire qu’on est juste « stressé » et on commence vraiment à prendre soin de nous ?
Emilie Del Do
Experte en gestion du stress et du burnout
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